De l'importance de la traduction

Avant propos

P our parler de l'importance de la traduction je m'appuierai de deux articles tout deux parus dans la revue Études théologiques et religieuses. Je vous recommande chaudement de les lire particulièrement le premier. Ils sont courts et bien écrit. Ils vous donneront plus de détails que vous n'en trouverez sur cette page qui n'est qu'un bête résumé des deux articles susmentionnés. Vous pourrez retrouver toutes les sources en bas de page ainsi qu'implémenter dans le texte lorsque un mot sera mis en gras.

Je commencerai avec une courte introduction puis nous verrons tout au long de cet article des cas problématique, notamment avec le Scriptio Continua, les homeotéleux, la grammaire.. J'ai été grandement aidé par Pourquoi et comment j'ai traduit la Bible Hébraïque de monsieur Edouard Dhorme paru en 1959. Un article qui explique très bien la plus part des problèmes liés aux traductions de textes anciens.

Enfin nous finirons avec Quelques passages obscurs du quatrième Evangile de monsieur Charles Bruston paru en 1926 dans la première année du journal. Il y parle des problèmes de traduction du grec ancien dans l'Evangile de Jean pour lequel il retraduit le prologue.


L'essence des langues


Les mots ont un sens profond, une essence, une orthographe et parfois une valeur numérique. Ces attributs peuvent parfois se perdre ou se modifier en fonction de l'époque à laquelle nous sommes. Les mots et les phrases se construisent différemment en fonction des langues et ils peuvent se transmettre d'une langue à l'autre pour l'enrichir ou parfois la dégrader.

Quand il s'agit de roman une mauvaise traduction peut nuire au style original de l'auteur, le rendant fade mais toujours lisible. Généralement on porte de l'intérêt à un livre dans son ensemble, on ne s'attarde pas sur une phrase en particulier. Son essence c'est l'histoire qui y est conté.

Quand il s'agit de poésie les rimes et les sonorités sont souvent l'essence même du texte. La traduction entraine presque toujours la perte de ce qui en fait le charme. La poésie est toujours lisible, compréhensible, mais ce n'est alors plus qu'un texte banal et elle perd de son intérêt.

Quand il s'agit de textes sacrés, c'est beaucoup plus compliqué. Chaque phrase de la Bible a été longuement étudié et discouru par des milliers de fidèles. Chaque mot est pesé. Il faut alors que la traduction soit la plus fidèle possible avec des annotations si possibles pour saisir tout les sens qui ne peuvent pas se retranscrire d'une langue à l'autre. L'histoire doit être préservé pas seulement dans son ensemble mais dans tout ses détails, afin que les fidèles puissent étudier convenablement chaque passage et ne pas faire cas de mauvaise interprétation à cause d'une mauvaise traduction.

Bien sûr l'idéal reste d'apprendre la langue original d'un texte pour s'en faire la meilleure idée possible. Cependant nous n'en avons pas tous le temps, l'envie ou les moyens. Nous allons voir tout au long de cette article l'influence que peut avoir une traduction vers la langue française. Les difficultés, les oublis et les erreurs qui peuvent être commises et qui n'aident pas les lecteurs lors de l'interprétation d'une phrase. Les langues sont vivantes, ou du moins l'ont toutes été. Elles sont donc mobiles, changeantes. En seulement une génération l'usage d'un mot peut changer du tout au tout.

Ainsi le verbe subjuguer du latin subjugare signifie faire passer le joug, soumettre. D'après le Dictionnaire de Furetière paru en 1690 la définition était je cite : Vaincre, dompter un peuple, luy faire subir le joug de ses loix, de sa domination, ou le faire passer sous le joug. Les Conquerans mettent leur gloire à subjuguer les peuples par la force des armes.

Une définition très martial. Cependant avec le temps l'usage contemporain en a adouci la définition. Aujourd'hui subjuguer est aussi relatif à l'amour et l'usage le plus commun de ce mot en a fait un synonyme de "séduction". Certes il n'est pas difficile de comprendre le processus qui a poussé ce mot à être utilisé pour parler d'amour. L'image est claire, l'amour subjugue les cœurs. Le sens est plutôt positif. Mais si notre langue venait à se perdre, et qu'un jour dans 1000 ans un traducteur se mettait pour tâche de traduire des textes Français. Sans avoir connaissance différences dans l'usage des mots qui eurent cours pendant plusieurs siècles.

Saura t-il s'il doit traduire subjuguer d'une manière stricte ou plutôt imagé mais sans connotation négative de soumission pure ? Nous pouvons penser que le contexte aidera, mais dans le cas "un homme subjuguer par sa femme" pourrait il prendre ce verbe trop à la lettre et le traduire d'une manière péjorative pour l'homme ? Une mauvaise traduction pourrait donner dans une autre langue quelque chose comme "un homme soumis à sa femme" ce qui dénaturerait complétement la phrase. Un autre exemple avec le mot hôpital emprunté au latin hospitalis qui signifie "relatif aux hôtes". Ce n'est qu'à partir du XVIIe siècle que ce mot a été approprié par le domaine médical. Ce ne sont que de simples exemples. Voyons maintenant des cas réels de mauvaise traduction.


Scriptio Continua


Le Scriptio Continua était une façon d'écrire dans les anciens manuscrits de manière ininterrompue. Ce type d'écriture était plus dur à lire et à copier, les mots n'était pas séparer ni par des espaces ni par des points points médians. Certains mots pouvaient en plus chevauchaient une ligne à l'autre. Les lettres étaient toutes au même format. Avec ce système la lecture à voix haute rendait le "déchiffrage" des manuscrit plus simple.

C'est donc au lecteur d'établir les coupures entre les phrases. On peut imaginer un scribe de l'époque lire un parchemin avec des hésitations un peu comme un jeune enfant apprenant à lire. On peut donc aisément comprendre les raisons qui ont causées beaucoup d'erreur de transcription, une lettre finale rattaché à un autre mot, une lettre initial au début d'un autre, la séparation d'un mot en deux mots distincts. Il fallait espérer qu'en plus de tout ça l'auteur n'ait pas fait de fautes d'orthographe.

scriptio continua avec enluminure virgile eneide chant 2

Pourquoi et comment j'ai traduit la Bible Hébraïque


En 1959 est paru dans la revue Études théologiques et religieuses Pourquoi et comment j'ai traduit la Bible Hébraïque de M. Dhorme. Excellent article qui comme le titre l'indique nous explique les raisons qui l'ont poussé à faire ce travail. M Dhorme a traduit l'intégralité de l'ancien testament pour les éditions de la Pléiade. Il nous y explique des cas d'erreur fréquents.

Par exemple l'homéotéleute (ou homoïotéleuton), est une figure de style qui consiste en la répétition d'une ou plusieurs syllabes finales homophones de mots, de vers ou de phrase. Lorsque deux phrases ou deux parties de phrases ont une terminaison commune, l'œil passe parfois d'un mot au même mot de la ligne suivante. Une phrase peut ainsi être perdu dans le processus de transcription. Monsieur Dhorme nous en donne un exemple dans le texte 1 Samuel 14:41, ici la traduction Louis Segond encore très répandu aujourd'hui:

Saül dit à l'Éternel: Dieu d'Israël! fais connaître la vérité. Jonathan et Saül furent désignés, et le peuple fut libéré.

Le récit de la prière à l'Eternel de Saül au sujet de la faute commise par un hébreu lors de la campagne contre les Philistins a été raccourci. Saül aurait seulement dit : Dieu d'Israël, donne la vérité ! aussi traduit par "fais connaître la vérité" dans la version Louis Segond. Cela correspond à : אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל--הָבָה תָמִים; dans le texte Hébreu. La partie correspondant à donne la vérité en Hébreu est --הָבָה תָמִים; et phonétiquement pour les non hébréophones cela donne: Hâbâh tâmîm

Pour le même passage voici ce que donne le texte des Septante :

Dieu d'Israël, pourquoi n'as-tu pas répondu à ton serviteur aujourd'hui ? Si cette faute se trouve en moi ou en Jonathan, mon fils, ô YHWH, Dieu d'Israël donne les Ourim; mais si cette faute se trouve en ton peuple Israël donne les Toummim.

L'oeil du scribe a passé du premier Dieu d'Israël au second, puis du second Israël au troisième. Si bien que le texte dont disparaissaient les Ourim devenait inintelligible, d'où la vocalisation tâmîm ou lieu de tummîm (complète paraphrase de l'auteur de l'article, je ne parle pas hébreux je ne peux que lui faire confiance).

Les Ourim et les Toummim était des objets semble t'il posé sur le pectoral porté par le grand prêtre d'Israël (Exode 28:30, Lévitique 8:8). Le même scribe un peu plus bas, passe de Jonathan mon fils à Jonathan son fils, d'où :

Alors Saül dit : Jetez entre moi et Jonathan mon fils.[Celui que YHWH aura désigné, il mourra. Le peuple dit à Saül : Cette chose ne sera pas ! Mais Saül l'emporta sur le peuple et l'on jeta le sort entre lui et Jonathan] Et Jonathan fut désigné

Entre crochet le manque dont souffre ce passage (1 Samuel 14:42) encore aujourd'hui. Mr Dhorme remonte plusieurs erreurs de ce type par la suite dans son article. L'un des passages les plus intéressants souffrant d'une erreur par homéotéleute est l'histoire de l'assassinat d'Abel par Caïn. Genèse Chapitre 4 verset 8 (Louis Segond):

Cependant, Caïn adressa la parole à son frère Abel; mais, comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua.

On peut y lire que Caïn s'adressa à Abel, un tel détails pourrait nous interpeler, pourquoi serait il mentionné qu'il lui adressa la parole s'il n'y a aucun dialogue dans le texte par la suite. Selon Mr Dhormes ce morceau de dialogue aurait été conservé dans les septantes, dans la version samaritaine ainsi que syriaque : "Allons aux champs !" est ce qu'il dit à son frère avant le meurtre. On peut donc penser que l'acte était prémédité, ce n'est pas juste un meurtre mais un assassinat.

Mr Dhorme s'appliquera à comparer le texte Hébreu de la Bible avec les anciennes versions, dont la plus ancienne, celle des Septante. Ce travail gigantesque qu'il a fourni, et la méticulosité dont il à l'air de faire preuve ainsi que ces larges connaissances de la domaines des langues anciennes m'ont convaincu que pour mener à bien des recherches sur les textes bibliques il fallait me procurer ses ouvrages.


Quelques passages obscurs du quatrième Evangile


La revue Études théologiques et religieuses a publié son premier ouvrage en 1926. Le 3eme numéro de cette année comporte un article appelé Quelques passages obscurs du quatrième Evangile de Charles Bruston. Dans cet article monsieur Bruston s'attaque à la traduction faite de L'Evangile de Jean. Il y refait une traduction du prologue de l'Evangile de Jean. Certains point de cet article sont très intéressants, d'autres points sont discutables et me semblent être plutôt issus d'un point de vue personnel de l'auteur que d'une meilleure compréhension liée à une traduction correcte. Comme par exemple le passage ou il dit je cite "Jésus est le Christ, le Fils unique de Dieu, parce que la Raison (divine) s'est incarnée en lui. Il n'a été Christ et Fils unique qu'à partir de ce moment". Je n'en ferai cependant pas le débat contradictoire ici.

Voyons certains qui points méritent notre attention. Selon lui le mot grec λόγος (logos) traduit en Français par "la Parole" ou "le Verbe" serait mieux traduit par "la Raison (divine)" qui serait plus clair en Français. Il ajoute en note que Verbum en latin n'a jamais un tel sens. Il remplace aussi la phrase "En elle était la vie; et la vie était la lumière des hommes" par "En elle était la vie, était aussi la vie, la lumière des hommes".

Je n'arrive que peu à saisir l'importance de cette petite nuance. Point important il note que la traduction disant "les ténèbres n'ont point reçu" (cette lumière qui éclaire les hommes) n'est pas juste non plus. Il serait plus juste de dire qu'elles ne l'ont pas arrêtée, empêchée de luire. Cette nuance ci me semble déjà beaucoup plus importante. Par la suite il exprime des problèmes de traduction liés à la grammaire grec changeant le sujet de certaines phrases pour qui, selon lui, aurait été admis comme étant "la Lumière" mais qui parlerait en fait de "Jean (Baptiste)".

Globalement le sens du prologue de l'Evangile de Jean reste inchangé. La permutation des deux sujets ainsi que d'autres erreurs corrigées nous donnera un texte restant tout de même très similaire à la traduction dont nous avons l'habitude. Je vous laisse vous en faire une idée avec ci dessous le texte copié. Pour le reste je ne vais pas détailler chacune des modifications et les raisons qui l'ont poussées à faire ainsi, je souhaite seulement exprimer un mésaccord avec le point 10 du chapitre 1 de son article. Je vous encourage à lire son article et vous faire une idée sur la justesse de sa traduction. Voici le prologue de l'Evangile de Jean retraduit par Mr Charles Bruston :

Au commencement était la Raison,
Et la Raison était auprès de Dieu,
Et la Raison était Dieu.
Celle-ci était au commencement auprès de Dieu,
Tout s'est fait par son moyen,
Et sans elle rien ne s'est fait de ce qui a pris naissance.
En elle était la vie,
Etait aussi la vie, la lumière des hommes.
Et la lumière brille dans les ténèbres,
Et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée.

Il y eut un homme envoyé de Dieu,
Son nom était Jean.
Il vint en témoignage,
Pour témoignage au sujet de la lumière,
Afin que tous crussent par son moyen.
Il n'était pas, lui, la lumière,
Mais pour témoigner au sujet de la lumière !..
C'était la vraie lumière,
Qui éclaire tout homme venant au monde.
Elle était dans le monde
Et le monde s'est fait par son moyen;
Et le monde ne le connut point.

Il vint vers sa propre contrée,
Et ses compatriotes ne l'acceptèrent pas.
Mais tous ceux qui le reçurent,
Il leur donna le pouvoir de devenir enfants de Dieu,
(A ceux qui croyaient en son nom),
Lesquels non de sangs,
Ni par volonté de chair ni par volonté d'homme,
Mais de Dieu sont nés.

La Raison aussi est devenue chair
Et a habité parmi nous,
(Et nous avons contemplé sa gloire,
Une gloire comme celle qu'un fils unique reçoit d'un
père),
Pleine de grâce et de vérité.
Jean témoigne à son sujet,
Et il cria, disant :
C'était celui-ci dont j'ai dit :
Celui qui vient après moi a existé avant moi,
Parce qu'il m'était supérieur.

Ce que de sa plénitude nous avons tous reçu,
Et (comme) une grâce à la place d'une grâce,
C'est que, la Loi avait été donnée par le moyen de Moïse,
La grâce et la vérité se sont réalisées par Jésus-Christ.
Personne n'a jamais vu Dieu :
Le Fils unique, qui était dans le sein du père,
C'est celui-là qui l'a fait connaître.

Le prologue se divise alors en trois partie distinctes. La première parle de la Raison divine et de ses œuvres (v. 1-5 selon la mise en page courante, pas avec celle de la traduction ci dessus, à comparer donc avec les traductions courantes de la Bible). La seconde partie parle de Jean Baptiste (v. 6-13) et la troisième de la Raison divine incarnée, c'est à dire J-C ou du Fils unique (v.14-18).

Un autre point qui me semble très important et qui a été démystifié par Mr Bruston et la formulation "le Fils de l'homme" qui apparait dans l'Evangile de Jean au Chapitre 5 verset 27 et il me semble à plusieurs autres endroits dans nos traductions courantes :

Et il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu'il est Fils de l'homme.

Je me suis souvent posé la question qu'est il entendu par "le Fils DE l'homme", était ce une façon d'appeler Dieu ainsi ? Était ce relié au fait que Dieu créa l'homme à son image (Genèse 1:27) ? Mr Charles Bruston nous explique que le texte grec signifie en réalité "parce qu'il est un fils d'homme" et que le mot grec traduisant "que" ou "parce que" peut aussi être un pronom relatif neutre signifiant "ce qui" ou "ce que". Selon lui la logique de la phrase tendrait à nous faire opter pour la deuxième option, car en effet le fait d'être un homme (humain) n'est pas la raison pour laquelle le Fils de Dieu à reçu le pouvoir de juger. Sans cela, pourquoi tout homme ne le recevrait il pas pour le paraphraser.

Reprenons donc le verset 27 de l'Evangile de Jean au Chapitre 5, la phrase que nous connaissons devient alors Et il lui a donné le pouvoir de faire jugement ou discernement, c'est à dire de discerner ce qu'est un fils d'homme. Dans son article il enchaine en nous expliquant ensuite certaines modifications d'importance imputées aux traductions pour lesquelles je ne suis pas sûr d'avoir suffisamment saisi les nuances pour en parler. Il continu sur une potentielle erreur de ponctuation rendant une phrase affirmative en une interrogative, puis sur des problèmes de ponctuation.

Il donne une explication sur la raison pour laquelle Jésus dans Jean 7-8 dit à ses disciple de monter à la fête des tabernacles et que lui n'irez pas. Pourtant deux versets plus tard il est dit qu'il y monta. Selon Mr Burston l'explication tient simplement dans le fait que la fête des tabernacles se déroule pendant 7 jours, plutôt 8. Le premier et le dernier jour sont les plus importants (Lévitique 23). Ces deux jours en particulier pouvaient être appelés "cette fête ci" et "cette fête la". Ainsi Jésus refuse d'aller à cette fête ci mais pas à cette fête la.


Sources